Suivre Jésus dans la COVID-19

Michael R. Wagenman

Le vendredi 13 mars 2020, ma femme et moi avons commencé à ressentir les premiers symptômes de ce que notre médecin (par téléphone) finirait par diagnostiquer comme étant la COVID-19. Je n’ai pas manqué de remarquer l’ironie de la date où nos symptômes ont commencé. Au début, cependant, nous ne savions pas au juste ce qui nous arrivait. Comme d’autres, nous traversons ces jours étranges et déconcertants.

Heureusement, dans notre lutte contre cette maladie, nous faisions partie de la majorité qui ont une maladie « bénigne ». Quand même, pendant plus de deux semaines, nous avons trouvé cela épouvantable. Chaque jour, les maux de tête, la léthargie, la perte d’appétit, les douleurs physiques et les frissons de fièvre suffisaient pour nous arracher beaucoup de plaintes. Du côté positif, nous ne nous sommes pas sentis complètement assommés au point de pouvoir y trouver une excuse pour éviter nos obligations scolaires et professionnelles courantes. C’est seulement après nous être complètement rétablis que nous avons compris, avec le recul, combien nous étions misérables.

L’attention mondiale des médias au coronavirus a certainement ajouté un sentiment d’angoisse à notre maladie. Pendant les premiers jours de mars, nous discutions chaque jour l’urgence qui se rapprochait. Nous élaborions des stratégies sur ce que nous ferions si nos parents (septuagénaires), qui vivent aux États-Unis, étaient infectés et avaient besoin de soins pendant que les frontières étaient fermées. Nous étions inquiets à l’idée de visiter nos enfants, jeunes adultes, qui vivent dans deux provinces. Et nous faisions des remue-méninges, avec inquiétude, sur ce que nous ferions si nous étions trop malades pour prendre soin l’un de l’autre. Appellerions-nous une ambulance, en risquant de propager davantage la maladie, si l’un de nous ne pouvait pas conduire l’autre au service d’urgence de l’hôpital local?

Mais en plus de l’anxiété, nous ressentions également la honte associée à la maladie. Ce n’était pas seulement la manière dont les autres qui promenaient leurs chiens se laissaient mutuellement beaucoup d’espace. Nous remarquions que nos plus proches voisins s’assuraient d’empêcher leurs jeunes enfants d’avoir des contacts avec nous. Un ami nous a avertis de ne pas laisser les gens savoir que nous étions malades, au cas où la divulgation publique de cette information pourrait nous exposer à une poursuite si un voisin tombait malade. Nous avions des amis qui étaient nerveux même de nous parler au téléphone.

C’est pendant ces 16 jours que nous nous sommes sentis très seuls. Nous étions isolés avec notre anxiété, notre maladie honteuse et notre dépendance à nos propres systèmes immunitaires. Nous avons compris quelle gratitude nus devions avoir pour le don de nos amis. La femme célibataire de notre église qui nous a apporté quelques articles d’épicerie. Les collègues de travail qui nous envoyaient des textos pour s’informer de nous. Les membres de notre groupe Alpha qui envoyaient des messages d’encouragement sur les médias sociaux.

Je ne peux pas m’arrêter de réfléchir à cette maladie du point de vue théologique. Tout d’abord, cette expérience me rappelle la nature sociale et fraternelle de la réalité de l’existence humaine. La communion interne de Dieu déborde dans l’humanité pour la rassembler dans un tissu de solidarité sociale et relationnelle avec les familles, les amis et les voisins. Le coronavirus qui frappe pendant les saisons chrétiennes du Carême et du Temps pascal me rappelle que la souffrance, la mort et la résurrection de Jésus incluent également cette dimension sociale. De fait, dans la grâce de Dieu qui nous renouvelle, nous ne sommes pas seulement rétablis dans la communion avec Dieu, mais la solidarité avec nos voisins se renouvelle également, de sorte que la vie humaine puisse s’épanouir. Ces textos et ces messages des médias sociaux sont également importants à un niveau humain fondamental. L’éloignement physique, les masques et les gants font partie de notre manière d’aimer notre prochain en ce moment.

J’ai également réfléchi de façon théologique à l’avenir et à ce que pourrait comporter un « retour à la normale » à un moment donné. J’en suis venu à considérer cette pandémie mondiale comme une occasion pour nous de reconsidérer ce qu’est — ou devrait être — la « normale ». Je crois que ce que nous vivons actuellement pourrait être considéré comme une occasion unique de réfléchir de façon critique à la manière dont nous voulons vivre en ce monde. Voulons-nous vraiment retourner à nos vies isolées et fragmentées? Ou ces relations humaines fondamentales avec les autres, le temps passé à jouer avec nos enfants, les soirées passées à faire de la musique (ou à faire l’amour) sont-ils également importants? Dans les prochains mois, qu’est-ce que nous apporterons à notre « nouvelle normalité »? Notre ancien mode de vie ne pouvait peut-être pas durer. L’une des bonnes choses que Dieu tirera de cette pandémie sera peut-être une vie plus équilibrée qui inclura des actes tangibles de souci et de service les uns pour les autres, même après qu’il nous sera permis de retourner au travail ou à l’école.

Enfin, mes réflexions incluent également un aspect plus prophétique. En particulier, il me semble que cette pandémie a révélé en quoi nous avons permis à l’idolâtrie de s’enraciner dans notre société et dans nos vies. La plupart des discussions publiques que j’entends semblent opposer les préoccupations de santé publique aux soucis économiques. Tout comme au début on se préoccupait grandement de la propagation du virus, on entend maintenant des clameurs stridentes d’inquiétude au sujet d’un effondrement de l’économie, même à l’échelle mondiale. Je suis vraiment horrifié d’entendre tant de chrétiens donner priorité à une économie prospère plutôt qu’à la protection de la vie humaine. Bien que je comprenne que la fermeture d’entreprises à long terme a des répercussions complexes, il semble que notre adoration du dollar tout-puissant a été révélée. Notre croyance la plus fondamentale est-elle vraiment la croyance en un portefeuille d’actions qui grandit constamment?

C’est ainsi que cette maladie m’a amené à me demander de quoi cela peut avoir l’air de suivre Jésus dans la COVID-19. Je prie pour que, en tant que chrétiens aujourd’hui, nous puissions être connus comme nos frères et sœurs ont été connus pendant toute l’histoire : ceux qui se sont souciés de leur prochain et l’ont servi en temps de crise. J’espère que, en tant que disciples de Jésus, nous montrerons une foi qui est pleinement dévouée à l’autre et pas seulement à nous-mêmes. Et pourquoi cela ne ressemblerait-il pas à ceci : prendre notre croix et suivre Jésus dans cette pandémie, armés d’espérance face à la souffrance et à la mort?

 

 

Michael WagenmMichael R. Wagenman représente l’Église réformée chrétienne au conseil d’administration du Conseil canadien des Églises et à la Commission foi et témoignage. Il est professeur de théologie et d’études religieuses à l’Université Western, à London, au Canada. Il a obtenu son doctorat à l’Université de Bristol, au Royaume-Uni, et il est l’auteur de Engaging the World with Abraham Kuyper (2019) et de Together for the World : The Book of Acts (2016).